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Sahel. Commandos bretons en action

Sahel. Commandos bretons en action  

Les commandos marine arborent un camouflage sable intégral qui leur permet de faire corps avec la dune.

Une poignée de commandos marine participe à la traque des terroristes au Sahel. Une vingtaine de combattants ultra-entraînés dans un groupement de forces spéciales qui en compte 350.

Combattants arrivant de la mer, les commandos marine ne font jamais toujours tout comme les autres. Alors que leurs camarades de l’armée de terre et de l’air arborent des camouflages complexes sur leurs treillis, les marins ont choisi, eux, un camouflage sable intégral. Lorsqu’il faudra s’approcher d’un campement adverse ou tout simplement l’observer, ils feront ainsi corps avec la dune, la fameuse barkhane qui a donné son nom à l’opération qui mobilise 4.500 militaires français, dans la bande sahélo-saharienne. 

Les forces spéciales sont une force à part, traquant les chefs et les logistiques terroristes, là où Barkhane fait dans le contrôle de zone avec des moyens détectables à l’avance. Le commando, lui, pique comme une guêpe. L’équipe du Commando Jaubert, basée à Lorient (Morbihan), est spécialisée dans le contre-terrorisme et la libération d’otages (CTLO). L’élite de l’élite, puisque, pour intégrer les commandos marine, le chemin de croix est long. Et pour arriver au CTLO, il faut encore refaire ses preuves.

De multiples qualifications

Au Sahel, le CTLO est une boîte à outils humaine. Cette dizaine d’hommes peut libérer des otages et neutraliser des jihadistes, son coeur de métier, mais aussi participer au recueil du renseignement, à l’escorte de VIP en transit. L’équipe fait tout cela avec l’expertise du combat rapproché, en milieu clos. 

Au Sahel, c’est plus facile car, contrairement à son milieu naturel, l’océan, le sol ne bouge pas. L’équipe peut aussi arriver silencieusement, larguée à 4.000 mètres d’altitude à des dizaines de kilomètres de là. Car cette mission est particulièrement risquée, le chef d’équipe, un officier marinier, a obtenu de pouvoir partir avec son infirmier attitré. Sinon, les opérateurs n’auraient dû compter que sur leur propre expertise du secourisme de combat. 

La moitié des commandos de l’équipe sont qualifiés pour réaliser une trachéotomie, traiter un pneumothorax. En France, réaliser ces actes les amènerait en prison. En opérations, c’est autorisé, par dérogation. Et sous couvert d’avoir coché toutes les cases lors de la préparation opérationnelle.

Neutraliser et non carboniser

Jaubert est accompagné d’un binôme essentiel, issu du commando voisin, De Penfentenyo. L’équipe spéciale de neutralisation et d’observation (Esno) ne cache rien de sa mission : tout est dit dans son appellation. Et les derniers doutes tombent en visualisant son matériel, des fusils pour le tir à longue distance, pouvant toucher à plus de 1.500 mètres. 

Les tireurs sont formés à l’effet de mirage qu’ils trouveront au Sahel. Ce même fusil peut aussi être embarqué à bord d’un frêle hélicoptère : c’est le tube d’où jaillira la munition qui viendra fracasser le moteur d’un pick-up jihadiste. Le commandant des opérations spéciales, le vice-amiral Laurent Isnard, lui-même ancien commando marine, explique : « Les groupes armés terroristes (Gat) roulent à plus de 160 km/h et nos tireurs embarqués sont les seuls à pouvoir les stopper ».

Il y aurait bien des méthodes plus radicales encore, mais, pour les commandos, il faut neutraliser et non carboniser, comme le laisse souvent sous-entendre le cinéma. Car, dès lors, il leur est possible d’exploiter les indices les plus divers laissés par les Gat : empreinte digitales, ADN, équipements informatiques (GPS, téléphonie), numéro de série des véhicules. De quoi mieux comprendre qui fait quoi, où et quand. Pour ces combattants atypiques, une des clés de la victoire.

Innovation permanente

Comme illustration de la montée en puissance de ces commandos en mode « Les Experts », l’un d’eux a même développé, il y a deux ans, un système d’exploitation rapide de ces indices de guerre. C’est d’ailleurs une des caractéristiques de ces combattants qui innovent en permanence dans leurs tactiques et matériels. Lors de notre reportage, un tireur de Penfentenyo utilisait un coffrage de protection de lunette : contrairement à une idée reçue, les forces spéciales ne sont pas forcément des enfants gâtés, et tout ce qui peut préserver le matériel, surtout dans un environnement aussi difficile, est le bienvenu.

En complément

Toujours en première ligne en mer

Chaque année, les commandos marine réalisent un exercice majeur avec le GIGN pour s’assurer que le plan gouvernemental Piratmer est bien adapté à la menace terroriste. Ils en sont le maillon essentiel pour arriver avec leurs embarcations rapides, les Etraco et les nouvelles Ecume, plus endurantes et polyvalentes. Puis participer avec les gendarmes à l’investigation du navire. Les navires empruntés pour ces Estérel (en Méditerranée) et Armor

(en Manche) sont le plus souvent des ferries, un terrain idéal car ces navires massifs laissent une possibilité de recoins et d’embuscades pour d’authentiques terroristes. Les commandos marine n’ont jamais joué leurs atouts contre de vrais terroristes, mais ont appliqué leurs techniques contre des pirates somaliens à trois reprises (2008-2009). Ils restent surtout les acteurs majeurs de la lutte contre le narcotrafic en Méditerranée, en mer d’Alboran – entre Espagne et Maroc – et aux Antilles. Comme c’est le cas contre les pick-up, mais à une vitesse un peu moindre, les tireurs d’élite se chargent de neutraliser un à un, en cas de besoin, les moteurs des go-fast des trafiquants. Ils ont aussi une capacité appréciable dans le système de collecte de renseignement de la marine et des opérations spéciales. C’est la spécialité originelle du Commando de Penfentenyo, mais le Commando Hubert, basé à Saint-Mandrier (Var), en a fait une de ses spécialités, en arrivant sous la mer. L’unité finit d’ailleurs l’expérimentation de son dernier propulseur sous-marin, le PSM3G, dans le Var. L’engin sera porté dans une capsule spéciale, fixée derrière le kiosque des sous-marins de nouvelle génération.

  Jean-Marc Tanguy

Publié le 18 février 2018 à 00h00 Modifié le 18 février 2018 à 08h58

 

 

 

 

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