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A Hélie Denoix de Saint Marc

Hélie Denoix de Saint MarcHélie Denoix de Saint Marc, ancien officier putschiste en 1961 en Algérie, est mort à 91 ans à la Garde-Adhémar, dans la Drôme.

Né dans une grande famille bordelaise en 1922, Hélie Denoix de Saint Marc s’engage dans le réseau Jade-Amicol dès mars 1941. Arrêté en juillet 1943 à Perpignan, il est envoyé à Buchenwald dans un convoi d’un millier de déportés, dont une trentaine seulement survécurent. Il est ensuite déporté au camp de Langenstein.

RADIÉ PUIS RÉHABILITÉ

A la Libération, il entre à Saint-Cyr, puis s’engage dans la Légion étrangère et part combattre en 1948 en Indochine. Il débarque ensuite en Algérie, où il est commandant par intérim du 1er régiment étranger de parachutistes de la Légion (REP). Légaliste, il participe au putsch d’avril 1961 contre la politique algérienne du général de Gaulle, ce qui lui vaut une condamnation à dix ans de détention criminelle. Il est libéré après cinq ans.

Radié de l’ordre de la Légion d’honneur, il est gracié en décembre 1966, puis réhabilité en 1978 dans ses droits civils et militaires. Ses Mémoires, Les Champs de braises, publiés en 1995, ont obtenu le prix Femina de l’essai. Suivront une dizaine d’ouvrages, dont Notre histoire, 1922-1945, en collaboration avec un écrivain et ancien officier allemand, August von Kageneck.

En novembre 2011, Hélie de Saint Marc fut élevé au rang de grand-croix de la Légion d’honneur par le président de la République Nicolas Sarkozy. Lorsqu’il se remémorait cette cérémonie, le vieil homme disait « d’une voix où perçait une modestie un brin persifleuse » : « La Légion d’honneur, on me l’a donnée, on me l’a reprise, on me l’a rendue… »

Déclaration d’Hélie Denoix de Saint Marc devant le haut tribunal militaire, le 5 juin 1961.

 

Hélie De Saint Marc

« Ce que j’ai à dire sera simple et sera court. Depuis mon âge d’homme, Monsieur le président, j’ai vécu pas mal d’épreuves : la Résistance, la Gestapo,Buchenwald, trois séjours en Indochine, la guerre d’Algérie, Suez, et puis encore la guerre d’Algérie… « En Algérie, après bien des équivoques, après bien des tâtonnements, nous avions reçu une mission claire : vaincre l’adversaire, maintenir l’intégrité du patrimoine national, y promouvoir la justice raciale, l’égalité politique. « On nous a fait faire tous les métiers, oui, tous les métiers, parce que personne ne pouvait ou ne voulait les faire. Nous avons mis dans l’accomplissement de notre mission, souvent

ingrate, parfois amère, toute notre foi, toute notre jeunesse, tout notre enthousiasme. Nous y avons laissé le meilleur de nous-mêmes. Nous y avons gagné l’indifférence, l’incompréhension de beaucoup, les injures de certains. Des milliers de nos camarades sont morts en accomplissant cette mission. Des dizaines de milliers de musulmans se sont joints à nous comme camarades de combat, partageant nos peines, nos souffrances, nos espoirs, nos craintes. Nombreux sont ceux qui sont tombés à nos côtés. Le lien sacré du sang versé nous lie à eux pour toujours. « Et puis un jour, on nous a expliqué que cette mission était changée. Je ne parlerai pas de cette évolution incompréhensible pour nous. Tout le monde la connaît. Et un soir, pas tellement lointain, on nous a dit qu’il fallait apprendre à envisager l’abandon possible de l’Algérie, de cette terre si passionnément aimée, et cela d’un coeur léger. Alors nous avons pleuré. L’angoisse a fait place en nos coeurs au désespoir.   « Nous nous souvenions de quinze années de sacrifices inutiles, de quinze années d’abus de confiance et de reniement. Nous nous souvenions de l’évacuation de la Haute-Région, des villageois accrochés à nos camions, qui, à bout de forces, tombaient en pleurant dans la poussière de la route. Nous nous souvenions de Diên Biên Phû, de l’entrée du Vietminh à Hanoï. Nous nous souvenions de la stupeur et du mépris de nos camarades de combat vietnamiens en apprenant notre départ du Tonkin. Nous nous souvenions des villages abandonnés par nous et dont les habitants avaient été massacrés. Nous nous souvenions des milliers de Tonkinois se jetant à la mer pour rejoindre les bateaux français. « Nous pensions à toutes ces promesses solennelles faites sur cette terre d’Afrique. Nous pensions à tous ces hommes, à toutes ces femmes, à tous ces jeunes qui avaient choisi la France à cause de nous et qui, à cause de nous, risquaient chaque jour, à chaque instant, une mort affreuse. Nous pensions à ces inscriptions qui recouvrent les murs de tous ces villages et mechtas d’Algérie : « “ L’Armée nous protégera, l’armée restera “. Nous pensions à notre honneur perdu. « Alors le général Challe est arrivé, ce grand chef que nous aimions et que nous admirions et qui, comme le maréchal de Lattre en Indochine, avait su nous donner l’espoir et la victoire. « Le général Challe m’a vu. Il m’a rappelé la situation militaire. Il m’a dit qu’il fallait terminer une victoire presque entièrement acquise et qu’il était venu pour cela. Il m’a dit que

nous devions rester fidèles aux combattants, aux populations européennes et musulmanes qui s’étaient engagées à nos côtés. Que nous devions sauver notre honneur. « Alors j’ai suivi le général Challe. Et aujourd’hui, je suis devant vous pour répondre de mes actes et de ceux des officiers du 1er REP, car ils ont agi sur mes ordres. « Monsieur le président, on peut demander beaucoup à un soldat, en particulier de mourir, c’est son métier. On ne peut lui demander de tricher, de se dédire, de se contredire, de mentir, de se renier, de se parjurer. Oh ! je sais, Monsieur le président, il y a l’obéissance, il y a la discipline. Ce drame de la discipline militaire a été douloureusement vécu par la génération d’officiers qui nous a précédés, par nos aînés. Nous-mêmes l’avons connu, à notre petit échelon, jadis, comme élèves officiers ou comme jeunes garçons préparant Saint-Cyr. Croyez bien que ce drame de la discipline a pesé de nouveau lourdement et douloureusement sur nos épaules, devant le destin de l’Algérie, terre ardente et courageuse, à

laquelle  nous sommes attachés aussi passionnément que nos provinces natales. « Monsieur le président, j’ai sacrifié vingt années de ma vie à

la France. Depuis quinze ans, je suis officier de Légion. Depuis quinze ans, je me bats. Depuis quinze ans j’ai vu mourir pour la France des légionnaires, étrangers peut-être par le sang reçu, mais français par le sang versé. « C’est en pensant à mes camarades, à mes sous-officiers, à mes légionnaires tombés au champ d’honneur, que le 21 avril, à treize heure trente, devant le général Challe, j’ai fait mon libre choix.

« Terminé, Monsieur le président. »

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